Lecture pour tous à la médiathèque d’Anzin
Pour les 140 ans de Construction Moderne, reproduction de l'article original paru dans le Construction Moderne n°138, en 2012.
La médiathèque d’Anzin, dessinée par l’architecte Dominique Coulon (1961- ), s’inscrit dans le projet de renouvellement urbain de la ZAC de Valmont. Insolite dans le paysage urbain d’une cité du nord de la France, la blancheur de l’édifice se détache et affirme la présence de l’institution culturelle dans la ville. L’enveloppe du bâtiment décline tout un jeu de plans en béton peints en blanc qui se plient et se déplient comme un origami. Le volume de la salle de consultation très ouvert et fluide dégage une atmosphère douce, lumineuse et apaisante propice à la lecture. L’espace intérieur de cette grande salle est marqué par des volumes en creux aménagés dans la toiture. Ces patios suspendus permettent d’apporter la lumière naturelle de façon indirecte dans la médiathèque.
Située dans la périphérie immédiate de Valenciennes, la ville d’Anzin est connue pour être le premier site du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais où la houille fut exploitée. La ville fut un haut lieu de l’activité minière et de l’industrie sidérurgique qui se développèrent sur son territoire au cours des XIXe et XXe siècles. La « grande grève des mineurs d’Anzin », qui éclata en février 1884, a marqué notre histoire sociale et notre littérature. En effet, Émile Zola s’en inspira pour écrire Germinal. Pendant ces événements, le célèbre écrivain est d’ailleurs venu se documenter à Anzin pour son roman. Après plus d’un siècle d’intense activité industrielle, l’exploitation minière décline très rapidement à la fin des années 1950 et la dernière aciérie ferme ses portes en 1991.
Dans la dynamique du renouvellement urbain
Aujourd’hui la ville a entrepris sa reconversion en diversifiant ses activités et en créant de nouveaux quartiers ainsi que de nouveaux équipements. Les friches industrielles sont graduellement rénovées dans le cadre des démarches de développement de la communauté d’agglomération de Valenciennes Métropole dont Anzin fait partie. Le projet de renouvellement urbain de la ZAC des Jardins de Valmont s’inscrit dans cette dynamique. Sur une ancienne friche industrielle située en plein cœur d’Anzin, il propose la création d’une cité-jardin de 350 habitations, auxquelles s’ajoutent 5 000 m2 de commerces, 15 000 m2 de bureaux et des équipements publics. C’est dans le cadre de ce quartier, à proximité de l’hôtel de ville, que se dresse la nouvelle médiathèque, sur la place de Boussu. Cette place, créée dans le plan d’aménagement de la ZAC, accueille la station « Hôtel de Ville d’Anzin » de la ligne A du tramway. La commune est ainsi reliée d’une part à la gare et au centre-ville de Valenciennes, ainsi qu’au campus de l’université, et d’autre part à Denain. La station constitue en fait un pôle d’échanges entre le tramway et le bus offert aux usagers. La présence d’un parking relais de 180 places leur permet de laisser leurs véhicules et d’emprunter le transport en commun de leur choix. Insolite dans le paysage urbain d’une cité du nord de la France, la blancheur de l’édifice, conçu par l’architecte Dominique Coulon, se détache et affirme la présence de l’institution culturelle dans la ville comme sur la place.
Immaculé et lumineux
Le volume immaculé donne à lire a priori une forme générale assez simple, autonome, placée légèrement en retrait par rapport à l’espace urbain et au flux alentour. Cette mise en recul pallie l’absence de parvis. Elle dégage aussi les perspectives lointaines sur la médiathèque de la présence monotone des voitures stationnées sur le parking relais qui s’étend au pied du bâtiment. En s’approchant de l’édifice, le volume dévoile la richesse et la subtilité de son dessin. L’enveloppe décline tout un jeu de plans en béton peints en blanc qui se plient et se déplient comme un origami. Cet enchaînement continu articule des décalages entre les voiles, créant une manière de façade épaisse dans l’écart entre deux plans. Il dessine, selon la géométrie de la pliure, des parois aux formes triangulaires qui dynamisent le volume et son écriture. Enfin, il cisèle un rythme d’opacités et des grandes ouvertures à l’échelle du volume. « Le choix de la couleur blanche pour ce projet s’est imposé par rapport à la lumière de la région, confie Dominique Coulon. Il me paraît important, pour un équipement de ce type, d’avoir un bâtiment qui soit lumineux et puisse irradier lorsqu’il y a du soleil. Nous avons donc choisi de recouvrir le béton avec des peintures brillantes pour travailler sur les reflets, sur les lumières rasantes. »
Jeux d'espaces et de lumières
Les façades nord-est et nord-ouest assurent la représentation institutionnelle de la médiathèque sur l’espace urbain. L’une (nord-est), parallèle à la ligne de tramway, fait face à la place de Boussu ; l’autre (nord-ouest) se tourne vers l’Hôtel de Ville et le centre ancien. L’étage vient en porte-à-faux, mettant ainsi le rez-de-chaussée en retrait. Cette ponctuation du volume traduit l’organisation du programme et met en scène l’espace majeur de la médiathèque. L’ensemble des espaces servants du programme, l’accueil général, l’auditorium, les bureaux de l’administration, les locaux techniques, etc., se répartit au rez-de-chaussée. La partie noble du programme, la salle de consultation, se développe sur tout l’étage. Sur la façade nord-est, les grandes ouvertures vitrées dévoilent des vues partielles sur l’intérieur de l’équipement et invitent à entrer.
Mise en scène de l'entrée
Une fois le seuil franchi, le visiteur pénètre dans un généreux hall d’accueil très lumineux et ouvert sur toute la hauteur du bâtiment. Là, l’escalier monumental revêtu de marbre oriente le regard vers le haut et appelle à monter. Arrivé en haut des marches, tout l’espace de la salle de consultation, baigné d’une douce lumière naturelle, s’offre au visiteur. « Souvent, dans les projets d’équipements que je conçois, je dessine des escaliers de grande dimension, car cela donne une certaine noblesse au bâtiment, commente Dominique Coulon. Ici je le vois aussi un peu comme un escalier gradin où l’on peut s’asseoir pour attendre quelqu’un. Sa disposition permet d’arriver au centre de la salle de consultation et d’embrasser du regard tout l’espace de la médiathèque. Le plateau du premier étage est libre de tout point porteur et par conséquent entièrement flexible. On peut y imaginer une infinité d’organisations des lieux. L’espace intérieur de cette grande salle est marqué par des volumes en creux aménagés dans la toiture. Ces patios suspendus permettent d’apporter la lumière naturelle de façon indirecte dans la médiathèque. Il existe une sorte d’indépendance entre le plan du plateau du premier étage et le dessin des hauts jours qui obéissent à une autre géométrie. Ils donnent le sentiment de flotter dans l’espace, ce qui renforce cette impression d’indépendance. Dans le même volume, cette façon de sculpter la toiture compose une alternance de parties plus basses sous plafond où l’espace est comprimé et de parties plus hautes qui dégagent plus d’ampleur. Ce jeu de contrastes accompagné par celui des diverses arrivées de lumière fabrique dans un même espace très ouvert des qualités d’ambiances riches et variées. » Comme à l’extérieur, le blanc domine dans la salle de consultation, dégageant une atmosphère douce, lumineuse et apaisante, juste ponctuée par les touches de couleur de certains éléments de mobilier. Les grandes ouvertures aménagées dans l’enveloppe du bâtiment offrent de généreuses vues en balcon sur des fragments du paysage urbain environnant. Selon leur orientation, ces ouvertures captent différentes qualités de lumière au cours de la journée. Les voiles triangulaires blancs qui passent devant les baies donnent de l’épaisseur au volume, comme nous l’avons vu précédemment. Ils peuvent aussi servir de brise-soleil, où à l’inverse pour les façades nord réfléchir la lumière chaude du sud vers l’intérieur.
Fluide et ouvert
Le volume de la salle de consultation est ouvert et très fluide. Sculpté par la géométrie du plafond et les arrivées de lumière, il propose des perspectives très variées, des lectures multiples de l’espace et offre un jeu délicat de sensations et d’ambiances. Murs et plafonds mats ou brillants, sol en béton, moquette déclinent toute une variation de nuances dans le blanc et soulignent avec subtilité les différents lieux présents dans le grand espace. Les usagers ne s’y trompent pas et se les approprient naturellement en fonction de l’atmosphère qu’ils dégagent.
Sculpté par le béton
« L’ensemble du bâtiment est construit en béton coulé en place, précise Dominique Coulon. Le béton est un matériau avec lequel j’aime travailler et que j’apprécie beaucoup entre autres pour la continuité de sa matière. Cette qualité sert parfaitement le volume de l’édifice, le dessin de son enveloppe et l’enchaînement continu des parois qui se développent et se plient dans l’espace. Dans ce projet il existe une continuité entre l’enveloppe et la structure. » La structure de l’édifice est complexe et la surface de la salle de consultation est libre de tout point porteur intermédiaire. Le schéma constructif s’appuie sur une ossature générale en béton armé mixant porteurs verticaux linéaires et ponctuels. Les ouvrages structurels de façade sont réalisés en béton gris autoplaçant brut de décoffrage d’aspect glacé, afin de recevoir une peinture de finition de teinte blanche laquée. Dans la salle de consultation, les planchers des hauts jours (patios en toiture) sont suspendus aux deux poutres principales transversales en béton armé de grande portée par l’intermédiaire des voiles et poutres incorporés dans les façades des hauts jours. Les patios aménagés en toiture sont conçus pour retenir une partie des eaux de pluie. Ainsi, la lumière qui se réfléchit sur l’eau anime de multiples reflets les sous-faces des plafonds de la salle de consultation. Ce dispositif a aussi pour vocation de permettre le rafraîchissement naturel de la salle pendant les périodes chaudes. Grâce à des ouvrants aménagés dans les hauts jours, des courants d’air se créent, car au contact de l’eau l’air ambiant se rafraîchit et favorise des mouvements de convection.
Culturelle et conviviale
« Depuis son inauguration en novembre 2010, la médiathèque connaît un incontestable succès de fréquentation », constate avec satisfaction la directrice de l’établissement, madame Anne Verneuil. « Le bâtiment est bien situé au cœur de la cité. Les avis sont unanimes pour dire qu’il est beau et très lumineux à l’intérieur. Ce dernier point est d’ailleurs un des aspects les plus appréciés aussi bien par le personnel que par les usagers. Dans l’ensemble de la médiathèque et plus particulièrement au niveau de la salle de consultation, la présence et le traitement de la lumière naturelle sont d’une excellente qualité. La grande salle est très lumineuse, et cependant il n’y a quasiment pas d’ensoleillement direct dans l’espace intérieur malgré la présence d’importantes ouvertures vitrées. L’architecte a développé tout un travail très subtil avec les grands murs blancs qui réfléchissent la lumière. Il en résulte un confort visuel très agréable à vivre. Le volume fluide et ouvert de la salle de consultation, qui offre de nombreux points de vue et des perspectives variées animées par tout un jeu de lignes de fuite, est aussi un élément de confort ressenti par les usagers. Les habitants se sont appropriés ce bâtiment à l’architecture contemporaine et innovante. Il n’est pas rare de voir des personnes qui reçoivent de la famille ou des amis venir leur faire visiter la médiathèque. » Au-delà de sa fonction d’équipement culturel, les usagers apprécient l’architecture très contemporaine de l’édifice, ainsi que l’esthétique des espaces intérieurs et la qualité de leur lumière, qui en font un véritable lieu de vie, de convivialité, de rencontre, où il fait bon venir lire et se cultiver.
- Maître d’ouvrage : Ville d’Anzin
- Maître d’oeuvre : Dominique Coulon et associés, architectes ; Dominique Coulon, architecte ; Olivier Nicollas, architecte responsable de projet ; Sarah Brebbia, Steve Letho Duclos, architectes assistants ; Agence Olivier Werner architecte, suivi de chantier
- BET structure : Batiserf
- Entreprise gros œuvre : Demathieu & Barde
- Surface : 1 750 m2 SHON
- Coût : 3,75 M€HT
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